Personne ne prend cette décision à froid. On la prend le lendemain d'une chute, après une nuit aux urgences, à la sortie d'un repas de famille où l'on a remarqué que maman portait deux fois la même histoire. Nous voyons arriver des familles dans cet état presque chaque semaine, depuis 1985, et nous savons combien le moment est mauvais conseiller.
Avant de comparer les coûts ou les disponibilités d'EHPAD, il faut s'autoriser à poser la question dans l'autre sens : qu'est-ce que cette personne-là veut vraiment, et qu'est-ce qui est faisable, concrètement, dans son logement ?
Le faux dilemme : ce n'est pas « domicile » contre « institution »
La première erreur consiste à raisonner en binaire. Dans la réalité, la trajectoire est presque toujours progressive. Trois heures par jour le matin, puis une présence ajoutée le week-end, puis des nuits, puis éventuellement un EHPAD si la situation se dégrade. Beaucoup de familles passent dix ans à domicile avant qu'un événement précis (chute grave, AVC, démence avancée) impose un autre cadre.
Ce qui rend la question difficile, ce n'est pas le choix entre deux portes : c'est qu'au moment où on doit décider, on n'a souvent pas d'éléments fiables sur la suite. La perte d'autonomie ne suit pas une pente régulière. Elle progresse par paliers, parfois lentement pendant trois ans, puis très vite après une hospitalisation.
Les vrais critères pour arbitrer
1. Le niveau de dépendance — la grille AGGIR
L'autonomie d'une personne âgée se mesure officiellement avec la grille AGGIR, qui classe en six niveaux (GIR 1 à GIR 6). GIR 1, c'est la dépendance la plus lourde : la personne est confinée au lit, ses fonctions mentales sont gravement altérées, une présence permanente est nécessaire. GIR 6, c'est l'autonomie complète pour les actes essentiels.
Contrairement à ce qu'on lit parfois, le maintien à domicile reste possible jusqu'en GIR 1, à condition que le logement soit adapté et qu'on accepte une présence quasi continue. Nous avons des adhérents en GIR 1 chez eux depuis plus de cinq ans. À l'inverse, certaines situations en GIR 3 ou 4 deviennent intenables à domicile à cause de l'environnement (5e étage sans ascenseur, isolement, configuration du logement). Le GIR ne tranche pas tout seul.
2. Le logement — souvent le vrai juge de paix
Une question concrète : peut-on faire entrer un fauteuil roulant dans la salle de bains ? Y a-t-il une marche entre la chambre et les toilettes ? L'ascenseur fonctionne-t-il en cas de panne ? Combien de temps mettrait un SAMU à monter au 6e étage ?
Quand le logement n'a pas été pensé pour vieillir, il y a deux options : l'adapter (barres d'appui, douche italienne, monte-escalier) ou en changer. Ces travaux représentent souvent entre 4 000 et 12 000 €. Une partie peut être prise en charge par Ma Prime Adapt', qui a remplacé les anciens dispositifs ANAH en janvier 2024 — selon les ressources, jusqu'à 70 % du coût.
3. L'isolement — le facteur invisible
Une personne âgée seule à Paris dans son 18e arrondissement, sans famille à proximité, avec deux passages d'auxiliaire par jour, peut tout à fait être en sécurité matérielle et terriblement isolée. Le risque dépressif augmente, l'observance du traitement chute, l'appétit diminue. À l'inverse, certains adhérents sont moins seuls chez eux — voisins de palier, commerçants du quartier, kiné qui passe le mercredi — qu'ils ne le seraient en EHPAD.
La question à se poser n'est pas : est-elle seule chez elle ? Mais : combien de visages humains croise-t-elle dans une journée ? Si la réponse est « zéro en dehors de l'auxiliaire », il faut réfléchir.
4. La sécurité — pas seulement les chutes
Les chutes sont la première cause d'hospitalisation des plus de 75 ans, mais ce ne sont pas les seuls risques. Une plaque à gaz oubliée allumée, un médicament mal pris, une porte d'entrée laissée ouverte la nuit — autant de signaux qui doivent peser dans la balance, surtout en cas de troubles cognitifs.
La téléassistance, des détecteurs de fumée connectés, un pilulier sécurisé préparé en pharmacie chaque semaine, des plaques à induction qui s'éteignent toutes seules — ces dispositifs cumulés couvrent l'essentiel des risques courants. Mais ils ne remplacent pas une présence humaine quand la maladie d'Alzheimer atteint le stade des fugues nocturnes.
5. Le coût réel — pas le tarif affiché
C'est la comparaison la plus mal faite. On regarde le tarif d'un EHPAD privé (3 500 à 5 500 €/mois à Paris), on regarde le coût brut d'une aide à domicile à plein temps (5 000 à 7 000 €/mois), et on conclut hâtivement que l'institution est moins chère. Faux dans la majorité des cas.
Pourquoi ? Parce qu'à domicile, on bénéficie du crédit d'impôt de 50 % sur les sommes versées au titre des services à la personne. Une présence à 5 000 € ne coûte que 2 500 € après l'avantage fiscal — désormais versé chaque mois grâce au système d'avance immédiate. À cela s'ajoute l'APA à domicile selon le GIR, qui peut couvrir jusqu'à 1 982 € mensuels en GIR 1. Le crédit d'impôt n'existe pas en EHPAD pour la partie hébergement.
Autre élément qu'on oublie : le domicile reste un patrimoine. Tant que le parent y vit, on ne le vend pas. Pour beaucoup de familles, c'est aussi le bien qui sera transmis aux enfants — ou qui financera, plus tard, un éventuel passage en institution.
6. La volonté de la personne — souvent oubliée
Cela peut sembler évident, mais c'est régulièrement le critère qu'on relègue au second plan, surtout quand les enfants vivent loin et qu'organiser le maintien à domicile leur paraît épuisant. Pourtant, une personne âgée placée contre son gré décline plus vite. C'est documenté. La Haute Autorité de Santé a publié plusieurs travaux sur la question — le « syndrome du glissement » est en partie lié à un sentiment de dépossession.
Dans nos évaluations, nous demandons systématiquement à la personne, hors présence des enfants : chez vous, vous voulez rester ? La réponse n'est pas toujours celle qu'attend la famille. Elle doit peser.
Quand l'EHPAD devient la meilleure option
Soyons honnêtes : l'institution est parfois le bon choix. Quelques situations où nous recommandons nous-mêmes une orientation EHPAD aux familles que nous accompagnons :
- Une démence avancée avec déambulation nocturne et risque de fugue, dans un logement non sécurisable.
- Un isolement social complet, sans famille ni voisinage, où l'aide à domicile ne crée aucun lien humain durable.
- Un logement totalement inadapté (étage élevé sans ascenseur, escaliers internes) qu'on ne peut pas modifier ou changer.
- Une situation médicale instable nécessitant une surveillance infirmière 24h/24, type post-AVC sévère ou pathologie cardiaque avec décompensations fréquentes.
- Un épuisement de l'aidant principal qui devient lui-même malade ou dépressif, sans relais possible.
Dans tous les autres cas, le maintien à domicile mérite d'être tenté, ou au minimum sérieusement étudié. La culpabilité que certaines familles ressentent à l'idée d'un placement n'est pas qu'un sentiment irrationnel : elle reflète souvent l'intuition que la solution n'est pas optimale.
La trajectoire la plus fréquente, dans la vraie vie
Voici ce que nous observons chez la majorité de nos adhérents, sur les vingt dernières années :
Année 1 — quelques heures hebdomadaires d'aide ménagère et préparation des repas. La personne reste largement autonome.
Années 2 à 4 — montée à 3 ou 4 heures par jour, du lundi au vendredi. Aide à la toilette, aide aux médicaments, sorties accompagnées. Souvent déclenchée par une première chute ou une hospitalisation courte.
Années 5 à 7 — passage à des présences plus longues, week-ends inclus. Mise en place de nuits si troubles du sommeil ou désorientation. C'est la phase où le crédit d'impôt et l'APA pèsent le plus.
Au-delà — soit la situation se stabilise (nous avons des adhérents en année 12 à domicile), soit un événement médical impose un EHPAD ou un retour en service hospitalier de longue durée.
L'erreur classique, c'est de vouloir tout décider en année 1. La meilleure approche, c'est de mettre en place ce qui est nécessaire aujourd'hui, et de réévaluer tous les six mois.
Comment décider concrètement, en 2026
Si vous lisez cet article pour un proche, voici la séquence que nous recommandons :
- Faire évaluer l'autonomie par le médecin traitant ou par le Centre Local d'Information et de Coordination (CLIC) du quartier. Le GIR détermine l'enveloppe APA.
- Demander une évaluation à domicile à une association ou à un service à la personne. Chez Paramédica, cette visite est gratuite et sans engagement — on en repart avec un devis chiffré, pas une promesse.
- Visiter deux ou trois EHPAD dans le quartier, même si l'idée déplaît. Cela donne un point de comparaison concret, et on découvre parfois des établissements de très bonne qualité.
- Lister les travaux d'adaptation du domicile, avec un devis chiffré. Beaucoup de familles sous-estiment ce qu'on peut faire pour 6 000 €.
- Calculer le reste à charge dans les deux scénarios, après crédit d'impôt et APA. C'est souvent là que la réalité surprend.
- Décider à plusieurs voix, en intégrant la personne concernée. Et accepter que la décision soit révisable.
Vous hésitez pour un proche à Paris ou en Île-de-France ? Nous proposons une évaluation gratuite à domicile sans engagement — un membre de l'équipe se déplace, étudie la configuration, écoute la personne et la famille, et vous remet un devis détaillé. 01 56 79 14 00 ou demander un rendez-vous.
Foire aux questions
Quel est le coût mensuel d'un maintien à domicile à Paris ?
Pour 3 heures par jour du lundi au vendredi, comptez environ 1 190 € avant aides. Pour une présence 24h/24 et 7j/7, le coût brut tourne autour de 6 800 €. Après crédit d'impôt de 50 % et APA, le reste à charge baisse souvent de 40 à 60 %. Voir notre grille tarifaire détaillée.
À quel niveau de dépendance le maintien à domicile devient-il difficile ?
Le maintien à domicile reste possible jusqu'au GIR 1 si le logement est adapté et qu'une présence 24h/24 ou des nuits de 12h sont mises en place. Ce qui fait basculer la décision, c'est plutôt l'isolement, la configuration du domicile, ou des troubles cognitifs majeurs avec déambulation nocturne.
Maintien à domicile ou EHPAD : qu'est-ce qui coûte le plus cher ?
À Paris, un EHPAD privé coûte entre 3 500 et 5 500 € par mois. Un maintien à domicile équivalent en présence (10h/jour, 7j/7) revient à environ 5 000 € avant aides, soit souvent moins après crédit d'impôt et APA. Et le domicile occupé reste un patrimoine non liquidé.
L'APA peut-elle être utilisée à domicile et en EHPAD ?
Oui — l'APA existe en deux formes : APA à domicile (qui finance les heures d'aide humaine) et APA en établissement (qui finance le tarif dépendance facturé par l'EHPAD). On bascule de l'une à l'autre selon le lieu de vie.
Une auxiliaire de vie peut-elle administrer des médicaments ?
Oui, mais uniquement à partir d'un pilulier préparé par un infirmier ou un pharmacien. L'auxiliaire ne prépare pas les doses elle-même — elle aide à les prendre. Pour des actes plus techniques (injections, pansements), une infirmière libérale doit intervenir en parallèle.
